VOILE MAGAZINE – Septembre 2016

Les dessous d’une jupe rapportée

Gaétan Ozenn, du chantier du Grand Val, s’est fait une spécialité de ces jupes rapportées qui changent la vie à bord et bonifient les performances. Suivez le pro!

COMPOSITE

Les dessous d’une jupe rapportée Gaétan Ozenn, du chantier du Grand Val, s’est fait une spécialité de ces jupes rapportées qui changent la vie à bord et bonifient les performances. Suivez le pro!
Texte et photos : Paul Gury.

COMME ELLES SONT BELLES

Et légères les jupes en composite réalisées sur demande par le chantier du Grand Val. Les propriétaires de voiliers semblent en effet de plus en plus fréquemment tentés par la construction d’une jupe. Il peut s’agir soit de rallonger celle existant à l’origine, soit carrément d’en construire une toute neuve et sur mesure, s’il vous plaît… Le but de cette extension est quelquefois l’envie d’augmenter la longueur de flottaison pour obtenir de meilleures performances sous voiles. Dans ce cas-là, l’avis de l’architecte est déterminant et surtout indispensable avant de se lancer dans ce type de chantier.

Mais une jupe, c’est aussi un gage de sécurité. Il suffit d’avoir eu à ramener un équipier tombé à l’eau pour se rendre pleinement compte de la justesse de cette affirmation. Associée à une bonne échelle télescopique, elle évitera le recours à des procédés parfois complexes de récupération d’homme à la mer comme l’utilisation de l’écoute de GV ou du tangon de spi. Il y a aussi bien sûr le côté pratique de cette plateforme qui autorise bien du confort lors des croisières estivales. Périmètre ouvert à la baignade par excellence, les jupes sont aussi un lieu où il fait bon faire la vaisselle ou tout simplement rêvasser au mouillage les pieds dans l’eau. Et lorsque l’on navigue avec des enfants, les transports en annexe sont largement facilités. Vous l’aurez compris, un voilier équipé d’une jupe offre bien des avantages et ce n’est sûrement pas un hasard si les nouvelles unités en sont largement pourvues. C’est en surfant sur ce constat que Gaétan s’est lancé dans la construction de deux types de jupe en matière composite.

Il y a tout d’abord celle que l’on peut rapporter par boulonnage comme dans le cadre du refit de Diaphani (voir VM n°246) ou bien celle totalement intégrée-stratifiée sur la coque existante. Dans le premier cas, le mode opératoire est plus simple car il ne nécessite pas de collage, on utilise de la résine polyester associée à de la fibre de verre pour réaliser la stratification. Des trous sont percés dans le tableau arrière afin d’y passer des vis de bon diamètre qui sont reprises par des écrous assurant la liaison entre la nouvelle jupe et le reste du voilier.

L’ensemble est d’ailleurs étanchéifié par un joint en silicone. Pour le second procédé, on applique de la fibre avec cette fois-ci une résine époxy pour garantir un collage total et de qualité avec la structure du voilier. Mais dans les deux cas, il faudra s’assurer, en fonction de la forme arrière de la carène, que la jupe à venir est parfaitement compatible avec cette dernière. Pour ce faire, il est indispensable de créer un moule à partir de plusieurs pièces de bois souple (généralement du contre plaqué ou de l’Isorel) de 3 mm d’épaisseur au maximum. Les plaques de bois sont maintenues par des sangles à cliquet sur une surface allant de 50 cm sur l’avant du voilier à partir du dessous du tableau arrière au niveau de la flottaison.

Etape 1 : réalisation du moule et préparation de la surface

La construction du moule (1) constitué de plusieurs panneaux de contreplaqué ou de bois souple doit permettre d’épouser au mieux la forme de la carène. Pour garantir la forme arrondie de la jupe à venir, des sangles à cliquet sont nécessaires pour éviter tout décalage. De la matière est injectée entre les plaques de bois pour garder une surface parfaitement plane. Des mesures précises (2) de la poupe permettent de s’assurer que la jupe à venir pourra se rapporter à l’arrière du voilier. Parfois, la forme trop originale de la carène ne permet pas l’ajout d’une jupe. Un ponçage du gel-coat du tableau

arrière (3) doit permettre une accroche mécanique de la stratification à venir en revenant à la fibre de verre d’origine.
La nouvelle jupe en composite intégrée-stratifiée au Fabulo 36 semble avoir toujours été là.
VOILE MAGAZINE • OCTOBRE 2016 95
Un masque à cartouche est incontournable lorsque l’on travaille sur du composite.

TECHNIQUE DE LA THEORIE A LA PRATIQUE

Dimensions (longueur et largeur) approximatives de la jupe à venir. Cette méthode de maintien garantit une bonne tension afin de récupérer parfaitement la forme de la poupe du voilier. Cependant il arrive parfois que Gaétan anticipe l’impossibilité de la réalisation à venir du fait de forme de carène atypique mais ce type de cas reste marginal. Une fois le moule façonné avec précision, il est enduit de plusieurs couches de cire. La matière appliquée est en définitive un démoulant sur lequel viendra s’appliquer la stratification.

UNE CONSTRUCTION EN SANDWICH

En effet, on vient bien apposer les différentes couches de stratification sur le moule mais celui-ci a pour vocation d’être retiré une fois l’ensemble solidifié. Pour permettre une accroche mécanique de la matière composite, un ponçage du gel-coat est obligatoire pour revenir sur la fibre de verre d’origine. La surface à décaper est généralement localisée entre le dessous de la coque sur quelques centimètres et sur une hauteur comprise entre 5 et 10 cm au niveau de la partie basse du tableau arrière. Une fois ces opérations de préparation effectuées, on peut enfin rentrer dans le vif du sujet, c’est-à-dire la stratification proprement dite. Le procédé utilisé est celui du sandwich car il garantit une belle rigidité pour un poids minime.

Ce sandwich se compose de deux couches de fibre de verre stratifiée (les peaux) enfermant une âme en mousse PVC (voir plus loin). La première de ces peaux est constituée de plusieurs types de tissus aux caractéristiques différentes et complémentaires (un taffetas, deux de sergé et une de bi-biais) pour assurer une bonne rigidité, entre lesquels on vient appliquer de la résine. Une fois le moule collé et enduit d’un démoulant (1), on peut appliquer la première fibre sur ce dernier et sur la partie poncée du tableau arrière.

Plusieurs couches de fibres (2) de caractéristiques différentes sont posées et systématiquement enduites de résine entre chaque pour constituer la première peau. Celle-ci (3) est généralement composée de trois couches de fibre de verre (taffetas, sergé et bi-biais) qui assurent sa rigidité. Il faudra ensuite se débarrasser des surplus de matière. Le surplus de matière (1) consécutif à la création de la seconde peau est découpé à la meuleuse.

Le moule a été enlevé car la forme est réalisée et la rigidité de la jupe suffisante. Certaines parties (2) sont plus difficiles que d’autres à travailler à la meuleuse. Un travail  minutieux est alors nécessaire pour ne pas entamer le composite. Pour assurer un support parfaitement plat et lisse (3), on devra passer par l’étape fastidieuse du ponçage à la cale. Masque obligatoire! d’une mousse sous vide de 20 mm en Airex.

D’aspect quadrillé, elle est très facilement applicable du fait de sa souplesse. Enfin une deuxième peau constituée des mêmes fibres est réalisée mais la superposition de ces dernières est effectuée dans l’ordre l’inverse de celui de la première peau car il est fondamental de finir sur la couche de taffetas qui présente un bien meilleur aspect visuel.

UNE PLATEFORME BIEN PRATIQUE

A ce stade de la construction on n’a pourtant que le prolongement de la coque, il faut donc penser dans un second temps aux marches ou à la plateforme qui donneront le côté pratique de la jupe. Des renforts en contreplaqué (d’une douzaine de millimètres d’épaisseur) sont tout d’abord intégrés à la jupe de manière verticale en son milieu  puis collés et stratifiés. Le collage nécessite une technique bien particulière car il est impossible de stratifier directement deux éléments sur des angles droits. On parle alors de collage en joint congé car les deux côtés sont tout d’abord collés puis chargés en résine d’époxy (ici de la silice et du micro-ballon), et dans un dernier temps on applique le tissu (souvent du bi-biais) pour stratifier. Une fois que les renforts sont finalisés, on prépare la partie verticale de la plateforme (le tableau arrière de la nouvelle jupe en définitive) en contreplaqué de bonne épaisseur, qui est collée et stratifiée à l’intérieur comme à l’extérieur sur l’arrière de la jupe.

 

 

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